UNE CONSTITUTION, DEUX LECTURES : UNE REFLEXION DE MICHEL ADJAKA

Publié le par LA NOUVELLE MARCHE

J’ai suivi avec beaucoup d’attention l’adresse du président de la République à la Nation. J’avoue sincèrement que, soit nous ne parlons pas du même projet.

Le projet soumis aux députés ne permet aucune lutte contre la corruption. Au contraire il a consacré un recul démocratique et instauré le totalitarisme à travers :

1-l’instauration de l’impunité par la création de paradis pénaux au profit des députés, des ministres et du président de la République lorsqu’ils sont auteurs de malversions ou autres crimes,

2-l’octroi de l’immunité de garde à vue et de détention provisoire au profit des députés, des ministres et du président de la République en cas de poursuite,

3-le maintien des 2/3 du vote du parlement avant le déclenchement de toute poursuite ou mise en accusation contre les ministres et le président de la République,

4-l’accroissement des inégalités et de la pauvreté,

5-le renforcement des pouvoirs déjà exorbitants du président de la République,

6-l’immixtion de l’exécutif dans le législatif en ce qui concerne les lois organiques relatives à l’administration,

7-l’omniprésence de l’exécutif dans le judicaire par la présence du Chef de l’Etat et des représentants du gouvernement dans le Conseil de discipline des juges financiers et des juges des juridictions de droit commun,

8-la nomination des juges financiers par le Chef de l’Etat et la présence de celui-ci à la tête du conseil de discipline desdits juges financiers alors qu’il est le principal justiciable de ceux-ci,

9-l’affaiblissement du pouvoir judiciaire par l’érosion des principes sacro-saints de l’indépendance de la justice et de l’inamovibilité du juge ainsi que l’avènement d’un déni du pouvoir de juger les plus corrompus,

10-l’infantilisation des députés suppléants devenus députés intérimaires en ce qu’ils sont contraints de céder leurs fauteuils à leurs titulaires chaque fois que celui-ci le leur demande et autant de fois que nécessaire,

11-l’instauration de l’instabilité au sein de la Cour constitutionnelle, la réduction drastique des pouvoirs de cette juridiction et l’avènement d’une présidence oscillante au sein de celle-ci,

12-la militarisation de la fonction présidentielle,

13-la soumission de l’Assemblée nationale à l’avis préalable du Chef de l’Etat avant le vote de toute loi organique relative à l’administration et ce, en violation du principe de la séparation des pouvoirs,

14-la ratification des accords de prêt sans l’autorisation préalable du parlement,

15-le recul des libertés démocratiques acquises au prix de hautes luttes,

16-la suppression du Conseil Economique et Social sans audit institutionnel préalable,

17-l’érection de la chefferie traditionnelle au rang d’institutions constitutionnelles, en violation du principe de la laïcité de l’Etat,

18-le couplage imprudent des élections locales, communales et municipales avec les élections législatives en méconnaissance de la séparation des juges du contentieux de ces deux élections,

19-la rétroactivité de la nouvelle constitution par l’abréviation du mandat des conseils locaux, communaux et municipaux sans tenir des droits acquis,

20-l’omission du groupe de mots «de grande réputation professionnelle» nécessaire pour qualifier la personnalité devant siéger à la Cour constitutionnelle et la violation de l’article 6 de la loi organique sur le recours au référendum.

Excellence Monsieur le président de la République, nous voulons savoir pourquoi vous étiez d’avis le 06 mai 2016 lors de l’installation de la commission des réformes politiques et institutionnelles à suivre la voie gouvernement-parlement-référendum, ensuite, contre toute attente, vous avez opté pour la voie gouvernement-référendum-parlement, enfin, la voie gouvernement-parlement en procédure d’urgence et en session extraordinaire ?

Les Bénin est une Nation spéciale avec un peuple particulier. On peut tromper une partie du peuple une partie du temps, mais jamais tout le peuple tout le temps.

Chers compatriotes, merci pour le sursaut patriotique. La lutte continue !

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