EDITORIAL : ET TALON RENONÇA

Publié le par LA NOUVELLE MARCHE

Elle était attendue comme la reforme phare de son mandat. Et bien c’en est fini. La révision constitutionnelle béninoise n’est plus d’actualité. Elle ne sera plus une priorité et ne fait même plus partie des projets du président Patrice Talon. Annoncée à grand renfort médiatique, le projet de loi portant modification de la constitution béninoise a été envoyée au parlement pour enclencher la procédure. Pour qu’il soit considéré comme loi fondamentale, ce projet de loi du gouvernement devrait franchir trois ou quatre étapes selon le cas. Première étape, la recevabilité par la Commission des lois pour l’étudier. Cette barrière a été franchie avec le vote de 18 voix pour et une voix contre des membres de cette Commission et le projet a été affecté à la plénière pour débat. Là, après les débats, il fallait un vote au ¾ des députés pour qu’il soit étudié. Beaucoup et en première position, le chef de l’Etat Patrice Talon était loin d’imaginer que ce projet ne franchirait pas cette deuxième étape. Coup de tonnerre dans la soirée de ce 4 avril 2017 et ceci en direct de la radio de l’hémicycle sur laquelle le peuple était câblé. Au cours du vote public, la barre des ¾ soit 63 députés n’a pu être franchie. Le décompte donnait 60 voix pour, 22 contre et une abstention. Le verdict est sans appel, le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji constatant que les ¾ nécessaires pour que ce projet de loi soit étudié n’étant pas atteints, le projet est purement et simplement rejeté. Stupéfaction dans les rangs des révisionnistes et satisfaction chez les antirévisionnistes. Devant le fait accompli, le président Patrice Talon avait deux options devant lui. Soit renoncer à la révision de la constitution béninoise, ou réintroduire un nouveau projet trois mois après  tout en tenant compte des griefs des antirévisionnistes. Au cours d’une émission télévisée du 8 avril dernier, le président a choisi la première option. Il renonce à la révision de la constitution béninoise du 11 décembre 1990 pour se consacrer aux questions du développement. Un revers politique pour celui qui est considéré comme le champion des reformes. Exit la révision de la constitution. «Quelque chose, malheur est bon» dit-on. Patrice Talon a compris que ce rejet avait une connotation politique et que le ras-le-bol des populations n’était directement pas  lié à ce projet mais la situation sociale qui prévaut dans le pays en est pour quelque chose. Au temps fort des débats sur ce projet de révision, il n’était pas rare d’entendre certains affirmer que le peuple avait faim et n’avait pas encore besoin d’une quelque révision. Ce son de cloche semble être entendu par le premier des Béninois. Car devant le peuple, il a laissé entendre qu’il accordera plus de priorité au volet social et les actions du gouvernement seront mieux vulgarisées pour permettre aux Béninois d’être mieux informés. Mais une autre polémique s’installe. Car la révision n’ayant pas abouti, la constitution du 11 décembre 1990 étant toujours en vigueur, la réponse du président Talon quant à son avenir politique sème le doute dans l’opinion. «J’aviserai» avait-il lancé. Cette réponse ambiguë rouvre le débat sur son départ ou non du pouvoir après le premier mandat.

Claire Catherine AMOUSSOUVI

Commenter cet article