INTERVIEW DE L’HONORABLE DOMITIEN N’OUEMOU : «Moi, je suis ma base qui m’a dit de soutenir le président Patrice Talon»

Publié le par LA NOUVELLE MARCHE

Il fait partie des 60 députés qui ont voté le 4 avril dernier pour la recevabilité par l’Assemblée nationale béninoise, du projet de loi portant modification de la constitution du 11 décembre 1991. Projet introduit par le gouvernement du président Patrice Talon. L’honorable  Domitien N’Ouémou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, à travers cette interview, donne les raisons pour lesquelles, il a voté pour la prise en considération de ce projet qui, rappelons-le a été rejeté par le parlement béninois. Il réaffirme également son soutien au président Talon pour le développement du Bénin. Lisez plutôt.

 

Le 4 avril dernier, vous avez voté pour la recevabilité du projet de loi portant modification de la constitution béninoise, pourquoi avez-vous voté pour ce projet?

Merci monsieur le journaliste. En effet, la campagne du président Patrice Talon s’est déroulée sur fond de reformes à apporter à la gouvernance du pays s’il était élu président de la République. Nous y sommes actuellement et l’épine dorsale de ces reformes était bien sûr la révision de la loi fondamentale. Et comme nous avons soutenu son élection au deuxième tour, nous nous devons de l’accompagner dans la mise en œuvre de son projet de société. Voici pourquoi, nous faisons partie des 60 qui ont voté la prise en considération du projet de révision le 4 avril dernier.

Au finish, le projet a été rejeté, comment avez-vous vécu ce rejet?

Ce rejet a fait rater au Bénin une occasion en or pour se mettre sur orbite du développement dans le concert des nations. Une occasion ratée pourquoi? Parce que la présente constitution avait été rédigée dans la précipitation et sous pression en 1991 pour quitter le système marxiste-léniniste et aller vers le Renouveau Démocratique. Avec le Renouveau, on a connu la libéralisation de l’espace économique et du système partisan. Seulement très tôt, ladite loi a montré ses limites dans sa mise en œuvre. Au nombre de ces limites, on peut citer l’organisation du deuxième tour des élections présidentielles. En tout cas après 27 ans de pratique, il était plus que nécessaire de relire cette loi pour l’adapter aux réalités actuelles. Tenez, dans l’espace Uemoa, nous sommes les seules à ne pas disposer d’une Cour des comptes. Malheureusement, les calculs politiciens nous ont fait rater ce rendez-vous historique.

Vous parlez de calculs politiciens, mais comment peut-on expliquer cette situation quand on sait qu’il y a quelques mois tout le monde s’accordait pour cette révision?

En fait, ce n’est pas tout le monde. Il y a avait ceux qui étaient d’accord et ceux qui ne l’étaient pas. Depuis Mathieu Kérékou, il en a qui ont essayé de toucher à la loi fondamentale parce qu’il fallait le faire mais ça a toujours échoué. Et vous connaissez le Béninois. Pourquoi quelqu’un va réussir là où tout le monde a échoué. Il y avait aussi des petits intérêts, des calculs et les députés perçus pratiquement comme des hors-la-loi. Les gens sont allés jusqu’à vilipender des députés. Par exemple, on parle de 100 millions qu’on a donnés aux députés. Ecoutez, est-ce qu’un député qui soutient un gouvernement va demander une contrepartie pour voter un projet de ce même gouvernement?

Ce n’est pas possible. Mais les gens pour manipuler l’opinion, et intoxiquer ont jeté ça dans la population et des gens ont trouvé que leur propre député, leur père, leur frère et leur sœur sont des corrompus à l’Assemblée. 83 corrompus élus par la même population. Vous voyez comment la manipulation peut amener l’homme à haïr son propre père, son propre frère et sa propre mère? C’est cela que nous avons vécu ces derniers temps. Mais je vais vous dire, juste après ce vote, il y a des gens qui ont commencé par regretter. Je ne vais pas citer leurs noms ici car ce n’est pas mon rôle mais il y a des gens qui ont regretté leur vote.

Mais ils n’ont pas encore rejoint le groupe des 60?

Oui, ils ne l’ont pas fait car c’est difficile aujourd’hui. Parce que c’est un pas qu’ils ont franchi pour se retrouver de l’autre côté. C’est difficile de faire volteface. Ce n’est pas facile. On espère qu’un jour, ils seront habités par un esprit de courage pour venir vivre avec nous ce qu’ils nous ont fait rater.

Comment comprenez-vous l’attitude de Patrice Talon qui renonce à la révision constitutionnelle?

Disons que l’attitude du président est humaine. Je n’ai pas à le juger. Mais disons qu’un projet pour lequel tu as nourri tous les espoirs tombent à l’eau, pas parce qu’il est mauvais mais simplement parce que certains ne le veulent pas. Ça n’a pas marché, ça été rejeté sans raison valable, il y a de quoi se poser des questions et demander pourquoi je continue. C’est simplement humain. Mais je suis sûr qu’avec le recul, le président verra les choses autrement et comprendra que dans la vie, il y a des échecs qui ne font que construire.

Dans un récent entretien, le chef de l’Etat, Patrice Talon a déclaré qu’il sera un peu plus politique, comment comprenez-vous ce bout de phrase?

Oui un peu plus politique qu’avant parce qu’en fait le chef de l’Etat, depuis sa campagne disait que ‘’je vais aller pour faire un mandat de 5 ans juste pour opérer des réformes’’. Pour lui, opérer des reformes, c’est qu’il ne fallait pas faire de la politique. Il fallait être neutre pour remettre les choses en place et s’éclipser. C’était ça son objectif mais il ne savait pas que la politique au Bénin est très jalouse de son existence. Il fallait tenir compte de tout ça car pour opérer des reformes, il fallait faire de la politique. Lui, de bonne foi, en bon chrétien, il a pensé qu’on pouvait venir opérer comme ça avec le cœur. C’est aujourd’hui, qu’il a compris que pour un rien du tout, le Béninois fait de la politique. Pour changer la politique, pour réorganiser la politique, il faut la politique. C’est maintenant qu’il a compris que pour reformer, pour remettre tout le pays en marche, étant

donné que dans tous les compartiments, il y a de la politique, donc, il faut faire de la politique c’est comme ça que  nous avons compris son point de vue.

Vous, le bloc des 60 députés qui avez voté pour la recevabilité du projet de révision avez été reçu par le président Talon. Que vous-a –t-il dit?

N’est-ce pas normal qu’après ce qui s’est passé le 4 avril, qu’on puisse rencontrer le président pour échanger, pour dire que ce n’est pas la fin du monde et réaffirmer notre soutien au gouvernement? C’est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés pour échanger de tout et de rien pour lui dire que nous le soutenons.

Peut-on aujourd’hui affirmer que l’univers politique béninois se clarifie avec d’un coté le bloc des 60 députés pour la mouvance présidentielle et celui des 23 qui fait l’option de l’opposition?

Nous croyons que vous avez suivi les dernières déclarations où il y a quelqu’un qui s’est déclaré de l’opposition et il a dit qu’il avait un certain nombre de députés avec lui.

Honorable, il faut rappeler que vous avez soutenu la personne dont vous parlez au premier tour de la dernière élection présidentielle.

Exactement, nous l’avons soutenu. C’est lui-même qui nous a dit au second tour ‘’allons vers le candidat Talon’’ et nous sommes allés soutenir Talon. Maintenant, pourquoi nous allons mettre en place un régime et lui tourner le dos? C’est la question que nous nous sommes posés. Ce n’est pas par simple égoïsme qu’il faut tourner dos à un gouvernement. Nous avons œuvré à l’avènement de ce régime, nous devons le soutenir. Nous n’avons pas constaté quelque chose dans la gestion qui contredit ce que nous avons dit à notre électorat. Voilà pourquoi nous soutenons le président Talon. Nous, nous suivons la volonté de nos militants. On ne peut pas venir à Cotonou et dire moi, je suis un tel alors qu’à la base, c’est autre chose. Moi, je suis ma base qui m’a dit ‘’ne vas pas dans l’opposition’’.

Aujourd’hui, quelles sont vos relations avec Sébastien Ajavon, puisque c’est de lui que vous parliez plus haut?

De mon point de vue, nos relations sont au beau fixe puisque je lui ai apporté un bon résultat dans ma commune aux présidentielles. Par rapport à la gestion du pouvoir, il nous a fait savoir qu’il n’est pas aux affaires et nous l’avons compris.

Le 8 avril dernier, à la question sur son avenir politique, Patrice Talon déclarait qu’il aviserait en 2021. Pensez-vous qu’il sera candidat en 2021.

Nous pensons que cela n’engage que lui et nous ne pouvons pas nous prononcer. Nous ne savons pas à quoi il a pensé avant de dire ça. Il dit qu’il avisera, cela ne veut pas dire qu’il sera candidat. Nous avons entendu des gens dire ‘’ ah ! Il a changé d’avis’’. Aviser ne veut pas dire ‘’je ne viens pas ou je viens. On attend et on avisera.

Nous sommes à la fin cet entretien honorable Domitien N’Ouémou, votre mot de fin

Nous voudrions quand même remercier cette population du Bénin qui n’est pas dupe. C’est vrai que cette population a été manipulée à un certain moment mais après elle a commencé par comprendre pourquoi ceux qui ont lancé cette bombe d’intox l’avaient fait. Nous, devons nous mettre ensemble pour aller au développement. Et aller au développement, c’est soutenir ceux qui sont actuellement au pouvoir et nous croyons que toutes les reformes qui sont proposées, nous amènent au développement.

Propos recueillis par Rochereau AVIDOUTE

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