GRAVES ACCUSATIONS CONTRE INTERPOL-BENIN : UN NOUVEAU SCANDALE QUI ECLABOUSSE LA POLICE NATIONALE

Publié le par lanouvellemarche

Un étranger en difficulté qui cherche refuge dans un pays dit d’accueil. Des policiers qui, sautant sur l’occasion, tournent dos à leur mission de protection pour opérer comme le feraient de vulgaires délinquants.

Les faits dont il est question dépassent l’entendement. Ils sont si graves qu’un silence du Chef de l’Etat le mettrait en porte-à-faux avec son discours sur la « refondation ». Au cas où il n’en serait pas encore informé, nous lui livrons ici les faits dans toute leur brutalité, en même temps que nous donnons l’occasion aux Béninois de savoir de quoi leur police est capable.

On a du mal à y croire. Et pourtant, ca se passe au Bénin de la « refondation ». « Extorsions de sous, menaces de mort, vol de véhicules… » Ce sont là des morceaux choisis d’une plainte adressée au Procureur de la République près le Tribunal de première Instance de 1ière classe par un Camerounais qui, à la suite de la mise en faillite de la société où il travaillait, a choisi de s’installer à Cotonou. Il craignait que son patron avec qui il a eu des démêlés ne lui fasse porter le chapeau des problèmes de trésorerie qui ont conduit la société à la faillite. A Cotonou, Christophe MBaiougam pensait trouver gite et sécurité avec son épouse Charlotte. Erreur ! Il était loin de se douter qu’il y avait plus grave et pus dangereux devant lui. A Cotonou en effet, le couple bénéficie de l’aide d’un compatriote à eux pour s’installer : un certain Salomon ! Christophe MBaiougam acquiert dans la foulée un véhicule de marque Nissan type Murano sous un pseudonyme, toujours dans le but d’échapper à ceux qu’ils considéraient comme ses bourreaux. En réalité, ses vrais bourreaux n’étaient pas dans son Cameroun natal mais plutôt au Bénin qu’il a choisi comme terre d’accueil. Et le plus grave, c’est que son malheur ne viendra pas de ces habiles escrocs prêts à sucer jusqu’aux os les proies faciles que constituent les étrangers. Ce sont plutôt de respectables agents de la police qui ont choisi de lui faire la peau, tirant profit de la situation délicate dans laquelle il s’est mis.

Une perquisition comme au bon vieux temps

Samedi 04 juin 2011. Alors qu’il était à la maison avec son épouse, c’est le Commissaire de l’Interpol-Bénin qui débarque avec un de ses éléments, un inspecteur de police nommé Mama pour une perquisition sans mandat ni autorisation du procureur. Le récit que fait l’intéressé de la suite est plutôt croustillant : « … en plus de nos sacs contenant nos effets personnels, le Commissaire a trouvé entre nos mains la somme de 60.450 euros, 1.500.000 F CFA de l’Afrique centrale et la somme de 390.000 F CFA de l’Afrique de l’ouest ». De quoi aiguiser l’appétit. Dès lors, les faits vont s’enchaîner. Le commissaire fait garder le couple à vue pendant deux (02) jours dans une cellule du Commissariat de l’ancien Pont. Le procès-verbal qu’il dresse met à leur charge deux (02) forfaits : le détournement de deniers publics de 1.800.000.000 F CFA pour lequel le Gouvernement camerounais aurait déposé plainte contre eux à l’Interpol-Bénin et celui de faux. « Après, nous avoir entendus sur ces faits, le Commissaire a exigé le paiement par nous d’une somme de 60 millions en plus de celles qu’il a arrachées entre nos mains lors de notre arrestation en contrepartie de notre liberté ». Nous avons souligné exprès le bout de phrase : « en contre partie de notre liberté ». Et pour cause ! Le mis en cause expliquera que c’est après avoir été contraint à payer la somme supplémentaire de 20 millions de F CFA devant s’ajouter aux 60.450 euros et à la somme de 1.500.000 de FCFA de l’Afrique centrale que le commissaire de l’Interpol a ordonné leur libération de la cellule, mais, ajoute-t-il, « sans notre véhicule ni nos effets personnels ». Encore un élément sur lequel il faut s’attarder. Nous reviendrons plus loin sur la question du véhicule. Ce qu’il convient de retenir des accusations du mis en cause en ce qui concerne l’argent récupéré au cours de la perquisition, c’est que le commissaire l’aurait fait venir à son bureau par le biais d’un certain Ibrahim, de nationalité sénégalaise. « Le commissaire nous a, à cette occasion, contraint à signer une décharge comme s’il nous a restitué l’argent qu’il a pris entre nos mains lors de la perquisition de notre domicile le samedi 04 juin 2011 à 21 heures 30 » se plaint il. « Cette décharge qu’on nous a contraint à signer fait croire que notre argent nous a été restitué selon les pages 390 et 391 du livre portant main courante du Bureau d’Interpol-Bénin. Alors que nous n’avons en réalité reçu aucun franc du commissaire, nous avons été obligés de signer cette décharge à la suite de toutes sortes de menaces sur nous ».

Quand la police saisit un véhicule et le met en vente

Alors qu’il s’attendait à ce que son véhicule lui soit retourné après qu’il a accepté, à son corps défendant, de se prêter au jeu de l’Interpol, grande a été la surprise de Christophe MBaiougam de constater que ledit véhicule a été remis au sieur Ibrahim pour vente. Son compatriote Salomon lui expliquera par la suite qu’il en est ainsi parce qu’ils n’ont pas encore payé les 20 millions restants que le Commissaire a exigés. L’épilo-gue sera ceci : « Par la suite, le Commissaire de l’Interpol nous a rappelé à son bureau pour nous demander d’abandonner notre véhicule et de quitter immédiatement le Bénin si nous tenons à notre vie et à notre liberté. Il nous a encore fait signer un 3ième procès-verbal qu’il a fait préparer sans nous avoir réellement auditionné » Et le tour est joué. Des étrangers qui se sont par maladresse mis en situation délicate. Ils seront dépouillés, menacés puis chassés. A qui peuvent-ils se plaindre ! Heureusement ou malheureusement, il y a Dieu pour tous. Même pour les pécheurs. C’est ce Dieu qui permettra entre-temps aux victimes de ses agissements de la police d’apprendre qu’au Cameroun aucune plainte n’a été déposée contre eux à l’Interpol Bénin, contrairement à ce que le Commissaire leur a fait croire pour agir. La preuve, c’est qu’il a bénéficié d’un certificat de la part de son employeur travail en bonne et due forme. (Voir fac similé). Du coup, le couple se rend à l’évidence qu’il s’agit d’un coup monté contre eux avec la complicité des sieurs Salomon et Ibrahim. Un coup qui leur a valu d’être illégalement perquisitionnés, illégalement arrêtés et gardés à vue, méchamment dépouillés jusqu’au dernier centime et dessaisis de leur véhicule. Voilà les conditions dramatiques dans lesquelles ils ont dû quitter le Bénin le samedi 18 juin 2011 pour le Cameroun. Aujourd’hui, ils réclament justice.

Boni Yayi doit frapper fort

Les faits ci-dessus exposés posent d’importantes questions de droit. Des questions si graves qu’on est dubitatif par rapport à tout ce qui est révélé. On attend donc que la police monte au créneau pour les démentir et donner sa version. Les faits sont d’autant plus graves qu’ils mettent en cause non seulement des individus mais aussi toute l’institution à laquelle ils appartiennent à savoir la police. Au-delà, c’est tout le système judiciaire qui est en cause. On n’a pas besoin d’être juriste de haut niveau pour savoir que dans un dossier judiciaire le b-a ba de l’enquête judiciaire exige qu’un procès-verbal soit dressé de tout ce qui a été retrouvé au cours d’une perquisition et l’ensemble placé sous scellé. Dans ces conditions, on peut se demander au nom de quel principe le véhicule saisi auprès du couple a pu être mis en circulation et, plus grave, mis en vente. Il faut bien que ceux qui ont opéré cette perquisition s’en expliquent. Me Archange Dossou, l’avocat de la police que nous avons contacté sur la question n’a pas pu nous éclairer. Il a dit simplement ne pas y croire. Selon lui, il y a plein de choses qui sont mises sur le compte de la police. Il dit attendre donc les preuves de ce qui est dit avant de se prononcer. Dans le même temps, l’avocat constitué par les victimes, Me Ivon Detchenou se refuse à tout commentaire. Un refus de se prononcer qui se justifierait par le fait que le dossier est devant les autorités judiciaires. Il déclare faire confiance à la justice. Dans tous les cas, cette affaire pose le problème de la crédibilité de notre police judiciaire. Des informations glanées dans le milieu, il apparaît clairement que notre police judiciaire a perdu toute crédibilité tant aux yeux des autorités judiciaires qu’auprès des justiciables. Ce qui se comprend puisque des affaires du genre sont légions. C’est le lieu de rappeler qu’une affaire similaire a opposé il n’y a pas longtemps un Nigérien à l’Etat béninois. Dans ce dossier, la victime qui a été proprement dépouillé à l’aéroport de Cotonou attend désespérément d’entrer dans ses droits. Il est donc temps que l’Etat prenne ses responsabilités pour préserver sa crédibilité. Voilà pourquoi le chef de l’Etat doit frapper fort. Ce serait un signal fort pour les Béninois quant à sa volonté de conduire à bon port son projet de refondation. Et dans le cas d’espèce, il y a urgence à agir pour que les pistes devant conduire à la manifestation de la vérité ne soient pas brouillées comme c’est souvent le cas.

Euloge Badou (La Presse du Jour)

Publié dans Le Bénin comme il va

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