Romain Kiki à propos du leader des « Tchoco-Tchoco » :« Houngbédji ne dira jamais aux jeunes du Prd de prendre leur destin en main »

Publié le par lanouvellemarche

Le président du Mouvement pour la Nouvelle République (Mnr), ancien jeune leader du Prd s’est prononcé pour éclairer davantage sur les raisons de son départ du parti et, de son soutien au chef de l’Etat et à la Refondation.

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Après votre pirouette, on parle d’infidélité à Houngbédji ?


Si opter pour l’amélioration des soubassements de la République est pris comme une infidélité, je l’assume. J’ai accompagné le président Houngbédji jusqu’à sa limite constitutionnelle. Vous me connaissez et savez que je lui ai été d’un dévouement irréprochable.

Je suis « Zanhovi, Zanhouènou ». Quand je m’engage dans un combat, je vais au bout. J’ai lutté pour que Houngbédji accède à la magistrature suprême. Mais, Dieu et le peuple béninois en ont décidé autrement. Certainement qu’il nous a manqué quelque chose. Aujourd’hui, conformément à l’article 44 de la constitution, Houngbédji ne peut plus être candidat aux fonctions de président de la République. En temps que jeune ayant passé plus de la moitié de sa vie au PRD, je dois être réaliste.

L’autre raison fondamentale, c’est la crise des normes que m’a infligée la forme de la contestation postélectorale de mon candidat. En effet, Houngbédji nous a toujours parlé de préservation de la paix, du respect des institutions. On ne peut adopter pendant des années ces principes salutaires et les rejeter quand ils vous frappent. Cette attitude m’a créé un réel problème d’orientation. J’ai encore frais dans la mémoire qu’en juillet 2005 sur la télévision nationale, le président Houngbédji s’exprimait en ces termes « …Deuxième valeur fondatrice dont nous parlons, c’est le respect des institutions de la République et de leurs prérogatives. On peut être contre une décision prise par le gouvernement et même contre une loi votée par le Parlement. On peut être contre une décision rendue par la Cour constitutionnelle. Mais une fois qu’elle est rendue, on s’incline. Donc je voudrais vous rappeler que lorsque la Cour constitutionnelle a proclamé élu le président Kérékou en 2001, la Rb a décrété le deuil de la démocratie. Moi, j’ai dit non. La Cour constitutionnelle a proclamé le général Kérékou élu, moi, je ne reconnais désormais que lui comme président de la République ».

Vous comprenez donc que pour moi, le ‘’Houngbédjiste’’ qui suit et archive depuis des années les déclarations et gestes de Houngbédji, je sois perturbé. Plus grave, c’est que je m’étais donné comme tâche de vulgariser ces valeurs là. De la présidentielle de 2001 où, j’ai occupé sur la télévision nationale une plage du temps d’antenne accordé au candidat Houngbédji, à la présidentielle de 2011, Houngbédji ne nous a jamais dit qu’il était possible de contester les décisions de la Cour. Je n’ai pas compris cette curieuse et brusque apostasie. Est-ce parce que c’était la dernière tentative électorale ou c’est parce que Yayi ne plaît pas. En tout cas pour le démocrate que je reste, la déclaration de Houngbédji de juillet 2005 est d’ordre impersonnel, général et inviolable.

Par ailleurs, j’ai atteint avec beaucoup au Prd, un niveau où il est impossible de progresser. Pour postuler aux fonctions de député, de conseiller communal, il faut disposer d’argent suffisant ou avoir le soutien d’un fortuné discret ou non. Houngbédji avait personnellement financé la campagne de plusieurs candidats de son parti. Mais, les temps ont changé et une campagne électorale exige de plus en plus de ressources. Néanmoins, je reste persuadé que le militantisme, la loyauté et le don de soi n’ont pas de prix et ne sauraient être marchandés.


Vous affirmez que le militantisme ne paie pas au Prd ?


Vous savez comment j’étais quand je venais au Prd et quelle est ma situation actuelle. Si quelque chose a changé, vous pouvez le remarquer. Je suis de ceux qui mouillent nuit et jour le maillot. Mais cela ne vaut rien à côté des ressources exigées des candidats pour les positionner. Concédez-moi alors le droit de décider enfin d’aller où les projets de développement ont encore droit de cité.


Mais cette pratique que vous évoquez ne date pas d’aujourd’hui ?


Vous avez raison. C’est d’ailleurs l’une des raisons du soutien du Mnr à la Refondation qui prévoit, l’amélioration du fonctionnement des partis car, la situation n’encourage pas l’excellence et la probité. Savez-vous que c’est faute de ressources financières que le Secrétaire général du Prd n’a jamais été titulaire pour une législative et que de nombreux intellectuels du parti sclérosent malgré leurs compétences.

Pourquoi c’est maintenant que vous en parlez ?

Parce que je me suis affranchi et suis libre de mes déclarations. Lorsque vous êtes d’un système, il y a votre origine, la pesanteur sociologique et votre éducation, le code de conduite qui vous imposent l’obligation de réserves jusqu’au jour où vous vous libérez. Et même là, vous ne dites pas tout. Beaucoup sont dans le même état d’esprit que moi. Mais chacun a son rythme. Les gens sont fatigués.


Auriez-vous pris la même décision si Houngbédji était élu ?


Le président Houngbédji nous citait souvent le Général de Gaulle en disant qu’en politique, il n’y a que la réalité qui compte. Par loyauté, je suis resté avec lui jusqu’à la fin. Il m’importe maintenant d’être réaliste et d’arrêter de rêver. Houngbédji ne dira jamais aux jeunes du Prd de prendre leur destin en main, d’aller ailleurs. Cela se comprend. Mais en décembre 2010, dans Jeune Afrique, il disait « Je n’ai plus un avenir en politique, je n’ai plus qu’un destin. ». Tout y est.

Et puis, un parti c’est pour conquérir et exercer le pouvoir d’Etat. A part les deux ans de réelle mais difficile cohabitation, avec Kérékou, le Prd a toujours évolué dans l’opposition. On ne peut pas vouloir construire un pays et rester ad vitam aeternam en marge des cercles de décision. Je le dis parce que l’hostilité du parti à tous les régimes depuis 1991, fait passer injustement ses cadres et militants pour de potentiels détracteurs et espions. Elle arrière Porto-Novo. En réalité, aucun gouvernement n’a intérêt à conserver la ville dans son état actuel. Et on est en droit de se demander à qui profite cette situation ?


Insinuez-vous qu’il y a un plan défavorable à la réhabilitation de la capitale ?


Je constate simplement qu’il y a une manipulation tendant à faire croire que le reste du Bénin n’aime pas les Porto-Noviens. C’est faux. Entre 1996 et 1998, le Premier ministre d’alors, le président du Prd avait en charge la conception du programme spécial de réhabilitation de la ville de Porto-Novo. Je ne sais pas si cela nous a aidés.

Cependant, on a vu qu’en moins de 12 mois, Yayi a transformé notre capitale. Je l’exhorte à ne pas s’en arrêter là malgré les ralentisseurs.

Pourquoi soutenez-vous la Refondation ?

Le peuple a opté pour le Changement en accordant à son initiateur dès le 1er tour de la présidentielle de mars dernier, 53,13% des suffrages. La Refondation quand on s’y penche, est la suite du processus démocratique enclenché depuis 1990. La Conférence nationale relevait déjà que « l’argent devenu notre maître nous dicte toutes nos extravagances, toutes nos faiblesses, tous nos abus. A cause de l’argent qu’il nous faut à tout prix, nous nous mettons en danger de n’avoir plus de culture authentique, plus de liberté, plus de respect pour rien, plus de famille. Nous nous sommes retrouvés donc assassins de nos propres valeurs ». Avec le développement que j’ai fait plus haut, vous voyez que la Refondation me concerne. Les valeurs morales, sociales et culturelles sont entaillées. Notre premier défi doit être de remettre les repères à l’endroit si, nous voulons léguer à la postérité un pays modèle et prospère.

En attendant que l’Exécutif détaille la Refondation, le président Yayi dans son projet de société a promis mettre la morale au cœur de l’action publique. Pour améliorer davantage le processus électoral, il a prévu de constitutionnaliser la Céna pour en faire une véritable institution professionnelle, stable et durable. La Cour des comptes sera créée conformément aux exigences communautaires. Le statut de l’opposition sera revu pour être constitutionnalisé afin de renforcer la démocratie pluraliste. La consolidation de la liberté de la presse et des libertés démocratiques n’est pas laissée pour compte. Mais plus intéressant aussi, c’est que des lois dont celle sur la corruption et l’enrichissement illicite sera votée en procédure d’urgence. Sans oublier les réformes prévues sur le plan économique etc. Le chantier est immense.


Votre mot de fin


Je voudrais d’abord la main sur le cœur dire à mes frères et parents de Porto-Novo et environs que l’idée subtilement enfoncée dans notre subconscient pour nous faire croire qu’on est des exclus de la République est inexacte. Aucun chef d’Etat n’a intérêt à pratiquer la politique d’exclusion contre une partie du peuple. Nous devons sortir de notre état d’esprit pour prendre activement part à la construction de la Nation.

Pour finir, je réitère l’appel du Mnr à toute la population pour faire de la Refondation un projet primordial qui nous garantisse et à la postérité un avenir meilleur.

Le Matinal

Publié dans Le Bénin comme il va

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