VELLEITES SECESSIONNISTES DU CAMEROUN ANGLOPHONE :Les Camerounais tombent dans le piège colonialiste

Publié le par LA NOUVELLE MARCHE

Au titre des événements qui font l’actualité politique en Afrique ces dernières semaines, il y a ce qui a été qualifié de ‘’crise anglophone’’ au Cameroun. Cette expression ne désigne ni plus ou moins que l’ensemble des revendications que des Camerounais, issues de la partie de ce pays colonisée par l’Angleterre, porte du fait de leur spécificité face à la majorité écrasante de la partie dite francophone. Pour comprendre cette crise, il est important d’avoir présent à l’esprit quelques repères historiques.

Le premier d’entre eux est le fait qu’au départ, la création de la nation camerounaise est du fait de l’Allemagne qui en devient donc le pays colonisateur. Mais à l’issue de la Première guerre mondiale, cette colonie, à l’instar des autres possessions allemandes fut attribuée à d’autres puissances sous forme de tutelle sous la Société des Nations, puis de mandat sous l’Organisation des Nations Unies. Le Cameroun fut ainsi conjointement attribué à la France et à l’Angleterre. D’un strict point de vue du droit, il n’était que question pour les puissances colonisatrices qui recevaient les territoires sous tutelle, de préparer ces derniers à l’accession à l’indépendance. C’est ainsi que la France accorda l’indépendance à la partie qui lui avait été attribuée le 1 janvier 1960.

Quant à la partie anglophone, il en est allé autrement. En effet, l’administration du territoire du Cameroun britannique était placée sous l’autorité de la colonie du Nigeria. Ce territoire était lui-même divisé en deux zones administratives qui devint ainsi deux circonscriptions électorales distinctes au moment du référendum organisé par l’Angleterre dans le Cameroun britannique au moment de l’accession à l’indépendance de ce territoire.

 En effet, la puissance colonisatrice britannique demanda à chacune des deux zones administratives de la partie du Cameroun qu’elle avait reçu, des Etats du Cameroun ou du Nigeria, lequel de ces deux pays voulaient-elles être rattachées dans le cadre de leur indépendance. L’une choisit le Nigeria et l’autre le Cameroun. Ceci au grand dam des nationalistes de l’Union des Populations du Cameroun qui parmi leurs revendications, réclamaient l’indépendance du Cameroun tel qu’il se présentait lorsqu’il fut arraché à l’Allemagne. L’adoption par ce parti de la graphie allemande ‘’Kamerun’’ était l’incarnation de cette revendication.

Si la partie du Cameroun britannique qui choisi le Nigeria avait le mérite d’opter pour une cohésion normative, il en allait autrement pour celle qui avait opté pour le Cameroun ‘’francophone’’. En effet, les valeurs et les normes issues de chaque colonisateur imposaient de relever l’immense défi de la construction d’une véritable identité camerounaise qui s’affranchirait justement de l’héritage colonial. Les différentes péripéties qui suivies la construction du Cameroun ne sont en réalité que la traduction de l’incapacité à relever ce défi.

 Pire, en se réclamant de l’héritage colonial comme repère argumentaire, les Camerounais démontrent à quel point ils n’ont pu éviter de tomber dans le piège colonialiste qui leur a été tendu au lendemain de la Première guerre mondiale, la division. Il n’y a donc pas mille façons de comprendre la ‘’crise anglophone’’ du Cameroun que par l’incapacité des élites de ce pays, tout bord confondu, à se départir de l’héritage colonial pour construire une véritable nation camerounaise.

Eric MORÉ

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